« Fragments » par Olivier Chapuis

Couverture de « Fragments » d'Olivier Chapuis (miniature)

Quatrième de couverture :  Fragments est un album de photos sans images. Des photos de notre société, prises au vif, à nu, sans fards ni faux-semblants. D’insolites prises de vue qui font du bien et qui font mal.

Ce sont trente-sept récits courts, des fragments de vie, fragments d’amour, de mort, surréalistes, freudiens, du quotidien. Et caetera.

Avec Fragments, Olivier Chapuis confirme que la littérature reste la meilleure manière d’appréhender le monde dans lequel on vit.

Halluciné, fragmentaire, kaléidoscopique, Fragments n’est pas un parcours comme un autre. À la vie rêvée s’oppose la vie fragmentée. C’est par sa lecture que l’on apprendra lentement à en recomposer les morceaux.

ISBN : 978-1-909782-28-0

Nombre de pages : 142

Langue : Français

Prix : 4,99 €

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Extrait lu par l’éditeur :

Chroniques & critiques :

« Olivier Chapuis aborde beaucoup de thèmes avec brio. Sa sincérité coule de chaque mot, chacune de ses phrases. [...] Fragments est donc une lecture que je recommande plus que chaleureusement. Non seulement le style de l’auteur est au service du noir avec une technique hors pair, mais en plus il est impossible que parmi ces 37 clichés vous ne soyez pas remués par la plus grande majorité d’entre eux. »

Natalia Arribas sur Dzahell – lire la chronique complète

« Derrière le côté vitriolé de la plupart de ces “fragments”, Olivier Chapuis parvient à injecter discrètement une jolie dose d’humour noir, qui donne encore plus de goût à une recette déjà délicieuse.  Ainsi, de nombreuses nouvelles, si elles évoquent des thèmes bien réels, se laissent aller à un côté absurde ou irréaliste, quand elles ne se frottent tout bonnement pas au fantastique. Certains des fragments m’ont ainsi fait voir en Olivier Chapuis une sorte de Boris Vian sous antidépresseurs ! »

Pierrick Messien sur Le Souffle numérique – lire la chronique complète

« On comprend alors que Fragments cherche à ébranler le lecteur sur la prétention des sociétés, sur la consommation et l’argent qui sclérose l’humain. Le rêve d’un avenir radieux s’éteint comme une lampe de poche dont la pile s’affaiblit, elle clignote jusqu’à s’éteindre complètement, ne laissant sur la rétine qu’un éphémère souvenir de lumière. »

Marie Nyanko sur Les Bouquinautes – lire la chronique complète

Morceaux choisis :

« Car les oranges, sans être polymorphes, incarnent la pluralité du monde. Tantôt ballon de football, tumeur pulpeuse, météorite échouée dans le panier à fruits ; parfois montgolfière sans nacelle, globe terrestre, couille rêche d’un animal imaginaire qui peuplerait nos cauchemars. L’orange représente le tout et le rien, le suc de la vie ou son acidité, bref j’en étais à me demander si l’homme n’est pas le fruit de cet agrume lorsque le téléphone a vrombi dans le vestibule. »

Olivier Chapuis, Zestes de colère in Fragments

« Le trou d’ozone, ce sont les latrines de Dieu. Le jour où la fosse septique céleste a débordé, Il a creusé ces toilettes turques histoire de répandre Ses déjections sur terre. Pluies acides, fumées lourdes de métal, smog, déchets organiques… Ainsi, l’homme n’a plus besoin de justifier ses exactions. Il lui suffit de les associer à celles du Créateur et l’étendue des possibles devient infinie. »

Olivier Chapuis, Complainte ozonale in Fragments

« Condamnée à perpétuité. Sans droit de sortie, même conditionnelle. Ni porte ni barreaux aux fenêtres. Juste une enveloppe masculine enfermant, comme dans une combinaison trop étroite, la femme que je sentais vivre en moi. Un corps à corps muet, noyau vaginal bloqué par la gangue d’un fruit phallique. J’étais à l’intérieur d’une capsule, égarée au milieu d’un espace clos, hantée par la peur de suffoquer, d’étouffer, et j’ai rayé cosmonaute de la liste des professions envisageables. »

Olivier Chapuis, In Corpore Sano in Fragments

« La dernière fois que j’ai vu Manue, c’était six mois avant sa mort. Je venais de terminer une partie de hockey sur glace, elle patinait avec son fils et semblait en forme – le souffle de la vie s’éparpillait en volutes de buée devant son visage. Je l’ai regardée glisser sur la surface gelée, le ciel bleu souriait entre les nuages, un parfum printanier dansait dans l’air. Manue ne m’a pas vu, pas reconnu, peu importe, à nouveau je n’ai pas osé l’aborder, me rappeler à elle. Si les contacts entretiennent les contacts, leur absence creuse le trou dans lequel s’enfuit l’indifférence. Toujours le même problème : que lui dire, de quoi parler, pourquoi renouer une relation après vingt-cinq ans ? »

Olivier Chapuis, La Poudre d’escampette in Fragments

« Mon psychiatre se racle la gorge. C’est le signal, la séance est terminée. Je me lève, la tête me tourne un peu. Il s’approche de moi. “Je ne possède pas encore assez d’éléments, cher monsieur, mais je peux vous dire que ces mouchoirs égarés par votre mère représentent pour vous le pénis absent chez la femme – normal s’il gît au sol. Quant aux bonnets dont vous me parlez, il peut s’agir de capotes que vous aimeriez enfiler sur ce pénis afin de vous en protéger. Mais ce ne sont que des suppositions, cher monsieur, j’en saurai davantage si vous développez le sujet lors de notre prochaine séance.” »

Olivier Chapuis, Freudisme in Fragments

« Je lance les dés, avance de cinq cases. Sautez votre tour. J’attends. En face de moi, à moitié vautré sur la table, Jérémie sourit. Son premier jet le projette trois rangs devant moi, son second le porte vers une victoire qu’il savoure déjà même si le jeu ne fait que commencer. Perdre, il déteste. Surtout lorsque le hasard s’en mêle. Il avance son pion rouge sang. Vous avez seize ans, vivez en Irlande, un inconnu vous a engrossée un soir de beuverie. Que faites-vous ?

— Une IVG, clame Jérémie.

Je retourne la carte, lis la réponse.

— Tu dois prouver que la mère est en danger de mort. Sinon, c’est interdit. »

Olivier Chapuis, Jeux de société in Fragments

« Au jeu de l’oie, il existe une case à éviter. Celle qui renvoie au départ. Malchanceux, Rachid. Les dés ont mal roulé. Refoulement, expulsion… Il est là, dans le vestibule, il entend les pas de sa mère qui s’approche. Elle apparaît, petite, digne et belle dans sa vieillesse ridée. Elle n’a que cinquante-cinq ans, mais les travaux des champs et les bourrasques de sirocco lui ont creusé la peau. »

Olivier Chapuis, Retour en zone in Fragments