« Purgatoire » par Jim Rousseau

Couverture de « Purgatoire »

Quatrième de couverture :  Employé dans un centre d’appels londonien, Jack est spécialiste en analyse sémantique. Jusqu’au jour où il se fait renvoyer dans d’étranges circonstances… Ecrasé sous une dette énorme – comme tous les salariés de ce futur dystopique –, marié à une femme qui ne le supporte plus, c’est le début de sa descente aux enfers. Pourtant, un soir, il trouve chez lui un homme mystérieux, qui l’attend dans son fauteuil. Qui est-il ? Que veut-il ? L’homme a une proposition, il peut résoudre les problèmes de Jack.

Thriller futuriste, roman d’anticipation sociale, « Purgatoire » est sombre, froid, et sans nuances, comme un hôpital où l’on achève les malades. Mais surtout, il pose une question glaçante : dans une société déshumanisée, le meurtre peut-il devenir « normal » ?

ISBN : 978-1-910628-45-4

Nombre de pages : 302

Langue : Français

Prix : 4,99 €

À propos du texte et de l’auteur

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Morceaux choisis :

« Autant en emporte le vent était un film proscrit.

La morale du film, ses turpitudes, et surtout le personnage de Scarlett étaient devenus inacceptables.

Le film n’était jamais plus diffusé. C’était curieux. Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Contrairement à beaucoup d’interprétations dont Jack avait fait la lecture un peu distraite, il y avait en effet quelque chose d’unique dans Autant en emporte le vent : rien n’y était absolu.

La morale du monde de Jack était résolument une morale d’absolus. Rejoignant en cela les interprétations psychologiques apparues à la suite du décodage du génome humain, on était maintenant convaincus que l’esprit humain était avide d’absolus, et que les errances anti-dogmatiques des Lumières étaient juste une mauvaise période à oublier. Les Lumières étaient mortes le jour où l’on avait compris que l’homme n’avait pas besoin de vérité, mais de certitudes.
Dans Autant en emporte le vent, tout ressemblait à la morale de l’époque, et rien n’y ressemblait. C’était un temps où les esclaves noirs voulaient rester avec leurs maîtres, où les libérateurs du Nord se livraient au pillage, au viol, et détruisaient la civilisation, où l’héroïne principale souhaite la mort de sa meilleure amie pour enfin obtenir l’amour de celui qu’elle croit aimer, où le courage salvateur est un féroce égoïsme, où Dieu n’est jamais là, où les purs et les vertueux meurent, où les pécheurs s’en sortent toujours, se déchirent, mais surnagent.

Derrière ses atours de mélodrame historique, Autant en emporte le vent traite de la vanité de toute entreprise humaine.

Jack aimait Scarlett.

Les gens de l’époque (Scarlett, plus que tout autre) entretenaient une « passion pour la vie » parce qu’ils connaissaient la mort. La mort était familière.

La mort à l’époque de Scarlett était tout sauf abstraite. Chaque vivant parcourait un chemin semé des morts qui lui étaient chers. Avec le Vingtième siècle la mort commença à se penser en termes de massacres télévisés, d’holocaustes. C’est à ce moment que la mort devint une abstraction.

Au temps de Scarlett, la mort frappait comme un coup de tonnerre un matin de ciel radieux. La mort d’un enfant, d’un père, l’accident bête, la guerre, la maladie, la mort de l’être cher étaient inévitables. Sans une foi dans un « autre » monde, il n’y avait pas d’existence possible. La vie était cette chose fragile dont il fallait jouir, sans limites, sans crainte, sans contrainte.

Maintenant il n’y avait plus rien. Avec l’allongement de la vie, les contemporains de Jack passaient la plus belle partie de leur vie à ne pas la vivre. Pas de pire mystification que l’allongement de l’existence. La peur du réel est omniprésente, se dit Jack. L’enfance et la vieillesse s’allongent, l’âge adulte est presque devenu une étape de passage.

Et si asséner la mort revenait à ramener le vivant à la réalité ? Si c’était lui offrir un instant de lucidité, une sorte d’orgasme existentialiste ?  »

Jim Rousseau, Purgatoire