Rencontre avec Christopher Wobble

Rencontre avec Christopher Wobble

Christopher Wobble a publié Le faiseur d’anges en 2013 aux Éditions de Londres, dans la collection « East End » (série « Jacques l’Éventreur »).

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Que penses-tu de l’exercice de la nouvelle, d’une manière générale ? Et de la nouvelle à thème en particulier ?  

L’art de la nouvelle c’est de créer en un nombre de mots réduit un monde qui se suffit à lui-même. C’est un exercice stylistique qui sous une apparence simpliste est extrêmement complexe. Mais si la nouvelle est bonne, elle est cent fois plus percutante qu’un bon roman.

J’adore la nouvelle à thème, mais ce que j’aime encore plus c’est se détourner du thème principal pour mieux y revenir. On peut croire que l’on est enfermé dans ce type de nouvelle, mais pas du tout. Au contraire, on se rend compte de la richesse de notre imagination, il suffit de la mettre à l’épreuve de temps en temps.

Est-ce la première fois que tu réponds à un appel à textes comme « Jacques l’Éventreur » ?

Oui c’est la première fois que je réponds à un appel à texte. En fait, c’est la première fois que je soumets un de mes textes à une maison d’édition.

Qu’est-ce qui t’a plu dans cet appel à textes ? Pourquoi avoir répondu à celui-ci plutôt qu’à un autre ?

Je ne suis pas souvent tombé sur des appels à texte, jusqu’à présent je ne les lisais pas vraiment. Pourquoi me suis-je arrêté sur celui-là ? Parce que j’adore Jack l’Éventreur ! Mais le but n’était pas d’écrire une banale histoire de tueur en série. Il fallait s’imprégner de l’ambiance Jack l’Éventreur et la transporter dans notre bonne vieille France. C’était un défi excitant et l’histoire m’est venue assez rapidement.

L’action du Faiseur d’Anges se déroule au XIXe siècle : quelle est la raison qui t’a poussé à choisir cette période ? Était-ce seulement pour être contemporain de Jack l’Éventreur ?

Tout d’abord, j’adore écrire sur le passé, j’avais déjà écrit des histoires se déroulant au XVIIe et XVIIIe siècle.

L’action du Faiseur d’Anges se déroule entre la fin de l’année 1885 et le début de l’année 1886. C’est à dire plus ou moins deux ans avant la véritable histoire de Jack l’Éventreur (fin de l’année 1888). La question que j’aimerais que le lecteur se pose est : est-ce que cet homme est Jack l’Éventreur ? Le texte donne des pistes, mais pas de réponses.

Donc, plus qu’un contemporain de Jack l’Éventreur, il se pourrait que Jacques Viscus soit le fameux tueur de femmes ! Mystère…

Une chose est sûre, ce personnage est encore dans ma tête, j’ai assez de substance pour continuer son histoire. Je ne peux dire qu’une seule chose : Jacques Viscus meurt en 1903.

De même, tu as planté ton décor en Auvergne, au Puy-en-Velay ? Pourquoi ? Seulement pour plaire au responsable de la collection « East End » ?

Je voulais être remarqué par le responsable de la collection, mais je ne savais pas quoi faire ! Puis j’ai eu cette idée, et ça a marché !

Non, plus sérieusement, une grande partie de ma famille vient du Puy-en-Velay, tout petit j’y allais une fois par an, je me souviens des nombreux virages à travers les montagnes. Je savais que mon calvaire était presque terminé quand je voyais la grande dame rouge tenant son enfant. Le vieux Puys est une ville médiévale avec ses coupes gorges et ses dalles de pierres ; c’était tout simplement parfait pour y faire « naître » Jacques Viscus.

Tu es étudiant chercheur en littérature contemporaine ; la littérature et l’édition sont des choses qui te passionnent depuis longtemps. Quel est ton avis sur l’état actuel de ces deux choses ? Es-tu enthousiaste ? Déçu ? Penses-tu qu’une mutation est en route, comme beaucoup le prétendent ? 

Ça fait beaucoup de questions, je vais essayer d’y répondre de manière assez concise. Tout d’abord, qu’est-ce que je pense de l’état de la littérature contemporaine aujourd’hui ? Ma réponse est assez bateau, mais comme au XIXe et comme au XXe siècle, le XXIe ne déroge pas à la règle. Il y a d’excellents auteurs et de moins bons. Mais il faut de tout pour faire vivre le monde littéraire et donner envie au lecteur de lire. La différence est qu’aujourd’hui il y a bien plus de livres qui sont édités chaque année. Nous sommes inondés de nouveautés. Certaines de ses nouveautés surf sur les modes éphémères, d’autres sont de petits bijoux d’originalité. Je ne m’inquiète pas trop pour le monde de l’édition française, il est plutôt en forme quoi qu’on en dise.

Pour ce qui est de l’édition, c’est vrai qu’un changement se fait et qu’il faut apprendre à vivre avec son temps et accepter le changement. De là à parler de bouleversement, je ne sais. Au risque de décevoir, je ne pense pas que l’édition numérique prendra une part importante du marché dans les cinq prochaines années. Cette nouvelle forme du livre se stabilisera plus ou moins à 20 % du marché global de l’édition française (ce qui est déjà pas mal !) et sur certains secteurs bien précis un peu plus. Mais ne soyons pas naïfs, le papier a encore de beaux jours devant lui, et j’en suis heureux. Je pense que le débat papier/numérique est complètement dépassé.

Est-ce que cette première expérience de publication t’a apporté quelque chose d’autre qu’un livre numérique publié ?

Un livre publié c’est seulement le résultat d’actions qui se sont passées avant. Ces actions ce sont des allers-retours de mails, des changements dans le texte, des discussions sur un personnage, une scène, une action. C’est aussi un point de vue extérieur, celui d’un éditeur, c’est le troisième angle du triangle avec le livre et l’auteur.

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