Rencontre avec Ève Terrellon

Rencontre avec Ève Terrellon

Ève Terrellon a publié Hérédité sanglante en 2014 aux Éditions de Londres, dans la collection « East End » (série « Jacques l’Éventreur »).

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Que penses-tu de l’exercice de la nouvelle, d’une manière générale ? Et de la nouvelle à thème en particulier ?

La nouvelle est l’exercice le plus difficile que je connaisse. Moi qui aime les scénarios complexes, j’ai toujours un peu de mal à ne pas m’y sentir à l’étroit. Un format court laisse peu de place à l’improvisation, la mienne étant souvent désordonnée. Une fois l’idée trouvée, il faut que je la canalise, et à mes yeux, tout l’attrait de la nouvelle se trouve justement là : dans la recherche du meilleur équilibre entre les différentes parties de l’histoire, le choix des mots justes, l’obligation de tailler dans la masse pour ne conserver que l’essentiel. C’est tout un art, que je suis encore loin de très bien maîtriser. Mais j’aime cette difficulté. Ça n’a rien de frustrant à partir du moment où on le prend comme un jeu. Ce que je fais.

Ce qui implique que j’apprécie encore plus les nouvelles à thèmes, car elles m’obligent à jongler avec des paramètres plus précis, tout en gardant ma liberté d’expression. La nouvelle à thème offre à mes yeux un autre avantage : celui de me soumettre une idée de départ à laquelle je n’aurais pas forcément songé. C’est très amusant pour moi d’imaginer une histoire à partir d’un socle commun, et encore plus enrichissant de découvrir ce que les autres en ont fait. La force créative de mes collègues auteurs m’oblige à me surpasser. Ce qui n’est jamais gagné, mais va dans le sens de l’amélioration de mon écriture. Enfin, je l’espère…

Est-ce la première fois que tu réponds à un appel à textes comme « Jacques l’Éventreur » ?

Oui et non. La toute première fois que j’ai répondu à un appel à textes, c’était dans le cadre du premier concours organisé par les éditions Laska. Les seules contraintes étaient d’écrire une romance dans le format nouvelle. Donc un thème imposé vraiment très large. La mienne est arrivée 4e, ce qui m’a fortement encouragée à oser ensuite proposer ce que j’écrivais à cet éditeur. Depuis, j’ai réitéré en répondant à trois autres appels à textes. Un de mes écrits a été publié, le second le sera en décembre, quant au troisième il est en cours de lecture auprès du même éditeur.

Qu’est-ce qui t’a plu dans cet appel à textes ? Pourquoi avoir répondu à celui-ci plutôt qu’à un autre ?

Ce qui m’a plus en premier, c’est son genre. Cela faisait un moment que je ne m’étais pas exprimée dans un domaine aussi sombre, et je pense que cela me manquait. Ensuite, sa difficulté. Il y avait mille manières d’aborder cet appel à textes, mais d’un autre côté, se montrer créatif sur le sujet avec tout ce qui a déjà été écrit sur, ou autour de Jack, me semblait un sacré défi.

Quant à savoir pourquoi celui-ci et pas un autre, je crois que j’avais envie de l’écrire, tout simplement.

Avant Hérédité sanglante, tu as publié deux romances chez nos confrères de Laska, l’une mâtinée de fantasy, l’autre d’Histoire. N’est-ce pas un peu le grand écart ? As-tu éprouvé des difficultés pour passer de ces genres au thriller noir ?

Cela peut effectivement ressembler à un grand écart, car les genres sont très différents. Mais je ne le perçois pas du tout comme tel. J’ai toujours été très éclectique dans mes lectures, et je n’ai jamais encensé un genre littéraire plutôt qu’un autre. J’aime à me voir comme une insatiable curieuse, qui pioche à droite et à gauche à la recherche du meilleur dans chaque catégorie. Ceci explique peut-être cela.

Personnellement, lorsque je ressens le besoin de transcrire mon imaginaire, j’évite de me demander si je vais rentrer dans une case. Parce que j’aime bien croiser les genres justement. C’est assez facile en romance. Et contrairement à l’idée parfois rependue, on peut aussi y traiter de choses sérieuses. Néanmoins, le souci de la romance réside pour moi dans sa fin heureuse. Les histoires que j’imagine ne s’accordent pas toutes avec ce postulat. Hérédité sanglante en est la preuve. C’est donc de façon presque naturelle que je me suis tournée vers le thriller noir. Il offre une mine inépuisable de situations à explorer et à exploiter. Et pour qui aime les histoires complexes, c’est un régal que de s’y frotter.

Je sais qu’un certain nombre d’auteurs écrivent dans des genres différents en utilisant plusieurs pseudonymes. Je pense principalement pour ne pas déstabiliser leurs lecteurs, ou éviter certains jugements de valeur. À l’inverse, j’ai envie de demeurer dans la transparence. Il est certain que tout ne plaira pas à tout le monde, mais je gage sur la curiosité. Je n’ignore pas que c’est un risque, mais je l’assume.

Hérédité sanglante est-il pour toi l’occasion de surligner le poids de l’hérédité ou au contraire de moquer cette « mode » qui consiste à tout expliquer par la science, par la psychologie, par les gènes ? Les doutes du personnage principal, sa rencontre avec l’experte en psychologie, la fin ouverte, tout cela nous fait nous balancer d’une opinion à l’autre, au fil du texte. C’est voulu, bien sûr, de manière à ce que le lecteur se fasse sa propre opinion, mais qu’en est-il de l’auteure ? Ou si tu ne souhaites pas y répondre précisément, peux-tu au moins nous dire d’où t’es venue ton idée principale ?

En ce qui concerne ta première question, il s’agit des deux mon capitaine. Si tout cataloguer en fonction de la science, de la psychologie, ou des gênes est absurde lorsqu’on songe au libre arbitre, au hasard ou au poids des circonstances, on ne peut pas non plus totalement nier celui de l’hérédité. Par contre, pour celle un peu spéciale dont parle Hérédité sanglante, je laisse le lecteur se forger sa propre opinion.

Pour ma part, j’ai découvert cette théorie il y a quelques années, de façon totalement inattendue, par le biais de mon travail. Cela m’a semblé tellement farfelu que j’ai eu la curiosité de me renseigner davantage, et j’ai appris des tas de choses intéressantes.

Pour terminer, ce texte noir est-il une incartade, ou peut-on espérer d’autres textes de ce genre dans les mois ou années à venir ?

Ce texte est loin d’être une incartade. J’ai beaucoup aimé travailler dans ce genre, et ce ne sont pas les idées qui manquent. Reste à savoir si je parviendrai à les discipliner correctement, et aussi, comment je vais parvenir à m’organiser pour mener mes différents projets de front.

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