Rencontre avec Olivier Chapuis

Rencontre avec Olivier Chapuis

Olivier Chapuis a publié Fragments en 2013 aux Éditions de Londres, dans la collection « East End ».

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D’où t’es venue l’idée de Fragments ? 

C’est assez simple. Au printemps 2009, j’ai intégré un groupe d’écrivains qui se réunissent une fois par mois pour partager un repas et se lire des textes de 3000 signes maximum, écrits sur la base de mots ou d’une consigne donnée le mois précédent. Comme j’ai tendance à surcharger mon écriture — trop d’adjectifs, d’adverbes, etc. —, cette manière de procéder m’oblige à resserrer.

L’idée d’une compilation de ces textes était-elle présente dès le départ ? 

Assez vite, l’idée d’en faire quelque chose m’a trotté dans la tête. Le titre Fragments m’est venu, parce que ces textes courts en sont certainement, et j’ai eu envie d’écrire une nouvelle éponyme qui traiterait du terrorisme, d’un kamikaze qui éclate en fragments.

Ainsi, au bout de deux ans environ, j’ai dressé la liste de mes textes courts, une septantaine environ (à ceux écrits dans le cadre de ce groupe s’en sont ajoutés quelques-uns rédigés pour We love Words, pour des concours ou dans le cadre d’un groupe d’écrivains dissidents du groupe susmentionné, dissidents car désirant des changements que certains refusaient, notamment les critiques des textes) que j’ai classés en trois groupes. Dans le groupe de mes préférés, il y en avait trente-six et ce chiffre m’a paru symbolique sur bien des plans. Malheureusement, sous la pression de mon éditeur qui en a apprécié un de trop, le nombre a été porté à trente-sept (rires).

Sur combien de temps s’est étalée l’écriture de tous les textes ?

L’écriture s’est étalée sur deux ans et demi environ, du printemps 2009 à l’automne 2011. Comme je participe toujours à ces réunions, une seconde salve serait envisageable une de ces prochaines années.

D’après toi, tes textes ont-ils été davantage influencés par les thèmes imposés par le groupe ou par des thèmes qui te sont chers ?

Les thèmes imposés par le groupe fonctionnent pour moi comme déclencheur, en général. Je crois que la plupart des écrivains, même s’ils abordent des thèmes variés, différents, parfois éloignés de leur propre vécu ou de leurs affinités, finissent immanquablement par revenir à leurs obsessions. On écrit toujours sur les mêmes sujets, on développe systématiquement les mêmes intrigues ou les mêmes problématiques. Ce qui change, c’est le contexte, les personnages (et encore), la manière de développer l’histoire. Que tu prennes Olivier Adam, John Irving, Jean-Philippe Toussaint ou Jacques Chessex, pour ne citer que ces quatre auteurs que j’adore lire, ils creusent toujours le même sillon. Qu’on le veuille ou non, à travers notre écriture et la fiction, on parle de nous.

L’écriture de ces textes t’ont-ils permis d’en identifier certains ?

Les textes de Fragments ne m’ont pas vraiment permis de dégager mes thèmes de prédilection parce que je les connais depuis un moment. L’écriture est une excellente psychanalyse :-) Abandon, perte de maîtrise, perte tout court, nostalgie, limite entre folie (ou anormalité) et normalité, déchéance physique, interrogations sur le sens de la vie… sont en gros mes thèmes récurrents, qui se recoupent ou s’entrecroisent.

Avec l’écriture, j’ai cru comprendre que ton autre passion était le jeu Des Chiffres et des Lettres. Quel est à ton avis le lien entre les deux ?

Dans le premier cas, j’utilise des mots « normaux » :-) que j’essaie d’assembler en phrases pour en tirer une histoire et des émotions. Dans le second cas, je dois aboutir à des mots « normaux » à partir du désordre — ce qui pourrait être un parallèle avec l’écriture où je pars de mon chaos intérieur pour arriver à un apaisement (du moins j’essaie). Les chiffres, c’est autre chose. Une sorte d’autisme léger, qui me fait calculer rapidement et apprendre des trucs comme 7x8x9=504… L’autre parallèle que je vois est peut-être cette solitude devant les mots (et les chiffres), que tu sois devant ton ordi à écrire un texte ou à t’entraîner sur un logiciel du jeu. Même en tournoi, tu es seul devant tes tirages parmi 80 joueurs.

La pratique de l’écriture et du jeu sont-elles mutuellement profitables l’une à l’autre ? L’une des deux t’a-t-elle amené à l’autre ?

Je ne sais pas si l’écriture profite au jeu ou l’inverse, mais je ne crois pas trop. L’écriture me permet d’aller mieux, les chiffres et lettres étaient un lien avec mon père. J’ai beaucoup joué avec lui entre 10 et 15 ans.

Est-il vrai que les joueurs de jeux de lettres apprennent des listes de mots sans en connaître la définition ?

Oui, certains joueurs apprennent des listes, notamment de rajouts (notaire+a = aération) ou autres, ce qui n’est pas mon cas. Je fonctionne plutôt à l’intuition et à l’originalité (ex : si je trouve recopulé, qui est faux, je sais que l’anagramme est opercule…).

Quelles sont tes influences ? Sont-elles seulement littéraires, ou englobent-elles le cinéma, la musique, etc. ?

Je lis beaucoup, beaucoup d’Anglo-saxons dont j’admire l’ouverture d’esprit et l’ampleur des romans. Un petit faible pour Irving, mais j’adore aussi Kasischke, Ellis (son univers me fascine), Faulkner et bien d’autres. Côté littérature française : Bazin, Hugo, Gaudé (magnifique écriture), Toussaint, Adam, même Nicolas Rey malgré l’évidence qu’il se fout de ses lecteurs (ou qu’il en donne fortement l’impression), Djian, etc. Toutes ces lectures m’ont forcément influencé, comme les bouquins de Cyril Collard qui m’ont beaucoup touché à l’époque. Bref, je navigue aussi sur d’autres continents ou à travers l’Europe. Un faible pour Anna B Ragde. Les deux Murakami. J’en oublie. La littérature africaine m’accroche moins, je ne sais pas pourquoi, mais c’est pareil en musique ou avec le cinéma. Pour en revenir à la question, le cinéma m’influence pas mal aussi. J’y vais une fois par semaine, rarement pour des films grand public, mon dernier coup de cœur : L’inconnu du lac. Si je devais citer mes 5 films préférés, je n’y parviendrais pas, mais il y aurait en tous cas dans les meilleurs Arizona dream de Kusturica, Into de Wild de Sean Penn, Thelma & Louise de Ridley Scott et Le retour d’Andrey Zviaguintsev. Mais la liste serait longue, très longue. Pour la musique, je ne sais pas. J’en écoute pas mal, surtout du rock, de la chanson française, de l’électro (j’écris sous techno) et j’en ai besoin, mais si elle influence mon écriture, je n’en suis pas conscient. Et j’allais oublier : je ne lis quasiment pas de romans policiers :-)

Si tu ne devais garder que trois textes dans Fragments, lesquels seraient-ils ?

Pinson, parce que c’est le premier de cette série que j’ai écrit, Au naturel pour l’originalité du traitement du sujet et Vendanges tardives pour l’opposition des mondes littéraire et rural.

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