Rencontre avec Sabine Dormond

Rencontre avec Sabine Dormond

Sabine Dormond a publié Terreau toxique en 2013 aux Éditions de Londres, dans la collection « East End » (série « Un Noël en rouge »).

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Que penses-tu de l’exercice de la nouvelle, d’une manière générale ? Et de la nouvelle à thème en particulier ?

La nouvelle est un genre qui permet de papillonner d’un thème à l’autre, de cracher le sujet d’un trait. Elle convient bien à mon mode de vie morcelé où le temps consacré à l’écriture est, hélas, bien restreint. J’adorerais pouvoir écrire plus souvent des textes plus longs. Pour apaiser cette frustration, je me souviens que ces récits nous encombrent la tête, nous obligent à nous relever sans cesse la nuit pour éviter de perdre les idées qui viennent au moment de s’endormir, font qu’on n’est des fois pas très présent à notre réalité. Mais je ne suis pas complètement dupe.

Parmi les Dissidents de la pleine lune, un groupe d’auteurs qui se réunit les soirs de pleine lune pour se lire des textes fraîchement pondus sur des thèmes plus farfelus les uns que les autres, les commenter et se donner une consigne pour le mois suivant, j’ai appris qu’on peut aborder les sujets qui nous tiennent à cœur sous couvert de n’importe quelle consigne.

Qu’est-ce qui t’a plu dans cet appel à textes ? Pourquoi avoir répondu à celui-ci plutôt qu’à un autre ?

À l’origine, ce thème ne m’inspirait rien du tout. Mon orgueil n’a pas supporté. Il a exigé que j’en fasse quelque chose. Et puis, j’avais envie de tester un autre éditeur, de voir si par hasard, il réussirait à faire une promotion plus efficace que ceux à qui j’ai eu affaire pour l’instant. Je leur suis toutefois très reconnaissante d’avoir cru en mes textes et pris des risques financiers pour les éditer.

Que représente Noël pour toi ? As-tu du forcer ta nature pour écrire un texte noir sur ce sujet ?

Noël me paraît assez emblématique de la dégénérescence de notre société, du tout commercial. La spiritualité et tout ce qui nourrit l’âme me semblent avoir été balayés par la frénésie mercantile et les repas orgiaques. Tout cela m’écœure. Ajouté au froid et au manque de lumière, il y a vraiment de quoi déprimer. Dès octobre, je commence à appréhender cette période et ne revis vraiment qu’au printemps. L’ennui, c’est que du coup, les années passent deux fois plus vite.

Terreau toxique est en quelque sorte le récit de l’erreur (d’interprétation, de priorité, etc.). Crois-tu vraiment que nous nous trompons constamment, aiguillonné notamment par notre petit nombril ?

Question intéressante. Tu mets bien le doigt sur une des idées centrales de ce texte. Je pense qu’on a forcément des œillères, une grille de déchiffrage du monde en fonction de nos préoccupations et états d’âme. Quand j’ai commencé la guitare, il me semblait soudain voir partout des gens avec des instruments sur le dos, alors que je n’y avais jamais fait attention auparavant. Quand on apprend un mot nouveau, il apparaît subitement dans toutes les conversations, alors qu’il s’était jusque là tenu complètement à carreau. Ce sont deux exemples de l’effet nombril.

Tu as de nombreuses nouvelles publiées à ton actif, en recueil à plusieurs ou toute seule, au format papier. Terreau toxique fait l’objet d’une sortie plus individuelle – au sens où tu es la seule auteure sur ce projet, et qu’il n’y a qu’un seul texte – et numérique. Est-ce que cela a changé quelque chose par rapport à tes précédentes expériences ?

La vraie nouveauté pour moi dans cette expérience, c’est le numérique… et le fait d’avoir un éditeur qui s’implique autant dans le texte. J’ai beaucoup apprécié cet échange, qu’on m’oblige à retravailler le texte. Le fait d’être considérée un peu comme un animal de zoo parce que je suis suisse est nouveau aussi. Mais c’est peut-être encore une erreur d’interprétation.

Crédit Photo : Didier Jordan

Une réponse à “Rencontre avec Sabine Dormond”

  1. Thévoz Jacqueline dit :

    J’aime bien comme Sabine parle de Noël. C’est exactement ce que je pense. Les Noëls anciens, ceux de notre enfance, étaient de vrais Noëls. Je ne pense pas que nous pouvons revenir en arrière, mais dans l’Autre Monde tout sera possible.

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