Préface de la série « Enquête d'imaginaire »...

Depuis les débuts de la collection « East End », nous avons toujours été étonnés par le nombre de messages que nous recevions et qui nous demandaient si nous étions intéressés par des manuscrits mélangeant polar (ou noir, ou thriller, etc.) et un genre de l’imaginaire. Jusque récemment, nous répondions par la négative, avec une pointe de regret, car d’une part nous ne proposons pas encore de collection dédiée à la SFFF (science-fiction, fantastique, fantasy), et que d’autre part, nous sommes amateurs de littérature de genre. Mais au bout d’un moment, la goutte d’eau a fait déborder le vase, la digue s’est rompue et la passion a pris le dessus sur la raison. Le défi du mélange des genres Le mélange des genres n’est pas un exercice facile. Si l’on regarde dans le rétroviseur de la littérature, on s’aperçoit que peu s’y sont essayés. Le grand Isaac Asimov a beaucoup écrit de Science-Fiction (le cycle de Fondation, le cycle des Robots), il aussi commis un certain nombre de « whodunnits » – en français « qui l’a fait », policiers où l’énigme est prédominante – (le cycle des Veufs noirs), mais il a également expérimenté le mélange des genres avec le cycle de David Starr, écrit sous le pseudonyme de Paul French et plutôt destiné à la jeunesse : il y narre les aventures d’un jeune humain chargé d’enquêter sur les planètes du système solaire pour y résoudre des affaires. De son côté, l’auteur de Dark Fantasy Glen Cook a mêlé le policier typique des années cinquante avec la fantasy dans sa série de romans Garrett détective privé, qui raconte les enquêtes d’un détective humain dans un monde médiéval-fantastique. Michaël Cunningham, lauréat du prix Pulitzer de la fiction, a encore tenté autre chose dans son magnifique...

« Terreau toxique » par Sabine Dormond – À propos du texte et de l’auteure...

Terreau toxique est une nouvelle noire de Sabine Dormond publiée en 2013 par Les Éditions de Londres dans la collection « East End ». > Voir la fiche du livre > Acheter À propos du texte et de l’auteure Sabine Dormond est suisse. Après Olivier Chapuis qui a inauguré la collection « East End » avec Fragments, c’est la deuxième fois que nous voyageons en terre helvétique – littérairement parlant. Il y a d’ailleurs une idée du noir commune entre ces deux écrivains : partir du rien, du banal, et faire monter la mayonnaise pour montrer les drames du quotidien, avec toute leur insidieuse violence. Mettre au jour les symptômes d’une société malade. Dans Terreau toxique, nous ne savons jamais où nous allons. Grâce à une écriture très cinématographique, l’auteure nous blackboule sans jamais nous perdre. Les éléments de l’intrigue s’élaborent en parallèle, au fur et à mesure, sans qu’on en prenne conscience. Tantôt vers l’avant, tantôt vers l’arrière. C’est une histoire familiale banale : problèmes de couple, difficulté à être parents, amitiés en proie aux doutes et aux jalousies. Parfois ça passe, parfois ça casse. Ici tout se brise. La forme du texte apporte au fond : la vie est morcelée, moulinée au Grand Mixer. L’auteure utilise les fêtes de Noël comme décors pour poser une ambiance (nous en avons évoqué l’intérêt dans la préface), mais aussi comme des jalons qui viennent borner le récit. On pense à une course où il y aurait une photo au départ et une à l’arrivée. Mais en fait de course, il s’agirait plutôt de boxe. Le père Noël a mis ses gants rouge. Sabine Dormond n’est pas seulement suisse – cela ne peut occuper à plein temps – : elle est également traductrice indépendante, mère de deux ados et elle poursuit...

Préface de la série « Un Noël en rouge »...

Qu’est-ce qui peut expliquer le titre et l’objet de cette série dans une collection de polars & romans noirs ? Il y a d’abord un responsable de collection à la fascination presque maladive pour cette période de l’année. On se permettra au passage de signaler la publication par celui-ci d’un recueil de quatre contes autour du thème du père Noël, Le père Noël ne meurt jamais, écrit conjointement avec Jean-Marie Apostolidès. Disponible bien entendu aux Éditions de Londres. Il y a ensuite la conviction que Noël est un terreau favorable à l’élaboration de textes noirs. Vous vous dites que nous avons perdu la tête ? Pas si sûr. Comme le souligne avec amertume la petite amie du héros dans le film Gremlins, la période des fêtes de fin d’années connaît généralement une hausse significative du nombre de suicides. Cette augmentation s’explique par le choc entre l’apparent bonheur ambiant et le combat que certains livrent contre l’envie d’en finir avec la vie. Le père Noël est parfois une véritable ordure. Sans pousser ses personnages à cette terrible extrémité, l’auteur peut utiliser Noël comme un background qui augmentera l’aspect dramatique de l’histoire, par un jeu de contraste similaire. Il peut jouer également avec le vécu des lecteurs, et en appeler facilement à des images ou à des souvenirs « communs » à beaucoup d’entre eux. Peu de situations permettent de poser un décor et une ambiance de manière aussi économique et précise. De nombreux écrivains – et particulièrement parmi les plus célèbres – l’ont bien compris. On peut citer notamment Mary Higgins Clark et sa fille Carol, qui collaborent régulièrement pour nous livrer des polars hivernaux. Elles ont signé pas moins de quatre romans à quatre mains : Trois jours avant Noël, Le Voleur de Noël, La Croisière de Noël et...

« Jacques l'étripeur » par Cécile Benoist – À propos du texte et de l'auteure...

Jacques l’Étripeur est une nouvelle thriller de Cécile Benoist publiée en 2013 par Les Éditions de Londres dans la collection « East End ». > Voir la fiche du livre > Acheter À propos du texte et de l’auteure Cécile Benoist est titulaire d’un doctorat en sociologie et elle avoue avoir développé au fil de ses voyages au Sénégal une curiosité certaine pour l’Afrique en général. Voilà deux informations qui éclairent d’un jour nouveau le texte qui vous est présenté ici. Le monde dans lequel évoluent les personnages, tant en France qu’en Afrique, n’échappe en effet pas à l’analyse sociologique de l’auteure. Le choix même de mettre en parallèle les deux continents, à travers le personnage principal et son modèle, est tout à fait intéressant. Et l’inspiration qu’elle a puisée dans l’histoire de Jacques l’Éventreur semble elle-même révélatrice : le boucher – premier suspect dans l’affaire originale – fait partie du quotidien, du quartier, c’est une personne de confiance (pour les Français en tout cas, d’après une étude récente) ; le milieu de la prostitution a laissé place aux (sites de) rencontres, désormais lieux de chasse préférés des prédateurs, notamment sexuels – glissement de terrain pour un glissement de temps. Quant à l’Afrique, elle n’est pas simplement évoquée, mais bien présente tout au long du récit, comme un fil rouge, des descriptions évocatrices du reportage sur l’étripeur de Guédiawaye au style chatoyant de l’auteure, qui a l’air parfois de battre au rythme des djembés. On est tantôt à Toulouse, tantôt à Dakar, les deux soleils s’entremêlant. Et si on veut pousser plus loin l’expérience africaine de Cécile Benoist, on peut lire sa nouvelle Toumbo le masque sur le magazine en ligne Nerval.fr. La sociologie et les voyages ne sont pas les seules cordes à...

Préface de la série « Jacques l'Éventreur »...

On ne compte plus les essais et les documentaires consacrés à Jack l’Éventreur. Notre propos ne sera donc pas ici d’être exhaustif, mais il nous semble intéressant de commencer par un rappel des faits. Le 31 août 1888, sur les coups de 3 h 45 du matin, le corps de Mary Ann Nichols est découvert dans Buck’s Row, dans le quartier de White Chapel à Londres, par deux passants qui se rendent à leur travail. Sa jupe est relevée, sa gorge est tranchée, sa langue est légèrement lacérée, et plusieurs incisions ont été pratiquées sur l’abdomen. L’autopsie démontrera qu’elle a été préalablement étranglée, et que ses organes génitaux ont été profondément entaillés. Mary Ann Nichols avait 43 ans, et se prostituait depuis environ huit ans. Elle est la première victime reconnue de Jack l’Éventreur. Le deuxième meurtre a lieu une petite dizaine de jours plus tard, le 8 septembre 1888. Annie Chapman est retrouvée gisante dans la cour intérieure du 29 Hanbury Street, également dans le quartier de White Chapel, par l’un de ses voisins. Sa gorge est tranchée au point que la tête est presque séparée du corps. Son abdomen est ouvert, et ses intestins sont déposés sur son épaule droite. Le vagin, l’utérus et une partie de la vessie ont été prélevés. Annie Chapman avait 47 ans, et se prostituait depuis deux ans. Un témoin dira avoir entendu un appel au secours, mais n’avoir pas eu le courage de regarder par la fenêtre… Il faut ensuite attendre trois semaines pour que Jack l’Éventreur frappe à nouveau, mais il fait possiblement deux victimes dans la même nuit, le 30 septembre 1888. Tout d’abord Elizabeth Stride. Elle est découverte dans la cour d’un immeuble à 0 h 45, toujours dans le quartier de White Chapel, avec...